Comment bien punir un adolescent?

C’est une question intéressante je trouve. En fait, c’est une des questions qui m’a fait me pencher sur l’éducation bienveillante.
Mon fils avait quelques heures et mon mari m’a dit « Mais comment on va faire quand il sera adolescent? » (oui, il est du genre prévoyant). Je pense qu’il parlait d’un tout: comment faire pour lui expliquer les choses; avoir une bonne relation avec nous, ses parents; comment en faire une personne équilibrée et saine; comment faire pour qu’ils ne tombe pas dans les travers de la drogue et compagnie?
C’est pour le rassurer, pour me rassurer, que je me suis penchée sur les différents modes d’éducations et ai sauté à pieds joints dans la « bienveillance éducative », et que j’ai particulièrement étudié l’impact des punitions sur … les ados!

Dossier « punitions des enfants et des adolescents »
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Est-ce possible de (vraiment bien) punir un adolescent? Comment sont les adolescent que l’on a puni pendant l’enfance? Comment est la relation entre les ados-punis et les parents? Et ceux qui n’ont pas été punis? C’est ce que l’on va tenter de voir!

La punition « légère » ne fonctionne plus bien avec les ados.

Quand je parle de punition « légère » ici, je parle de punition qui ne va pas induire de la terreur chez l’adolescent. Donc, on est d’accord, c’est très large et dépend de la vision du-dit adolescent.

Ce genre de punition, « fonctionne » (hum, lisez les articles précédents, pour en savoir plus… fonctionne dans le sens: peut faire arrêter l’action) bien avec les enfants: « je ne t’amènerais pas à tel endroit si… », « tu seras privé de dessert », « tu vas au coin », « je vais t’en mettre une… », « à trois, c’est dans ta chambre: un, deux, tr…. »… D’ailleurs, ils en ont souvent peur. Cela marche quand ils sont petits, parce qu’ils n’ont pas les moyens physiques, financiers, psychiques de s’y soustraire.

Mais quand ils deviennent adolescents, quand ils ont les moyens de s’y soustraire… ça ne fonctionne plus! Tout simplement. Les adultes n’ont plus le pouvoir.

Allez mettre au coin une ado de 15 ans! Ou tenter de gifler un grand de 2 mètres quand on fait un pauvre 1,60 m? C’est tout de suite moins facile.

Gordon s’est longuement consacré à ce sujet, je vous en livre un extrait où il se concentre sur la relation inégale qui est mise en place avec cette notion de punition et la notion d’autorité qui dépend uniquement de l’extérieur (impossibilité pour l’enfant d’accéder à ce dont il est privé: il ne respecte pas son parent intrinsèquement, mais par le biais d’un manque). « Cette forme de contrôle exige de l’adulte qu’il possède les moyens appropriés soit de satisfaire les besoins de l’enfant, soit de l’en empêcher. C’est une simple question de satisfaction ou de privation d’un besoin régie par le contrôleur; celui-ci détient l’usage exclusif des moyens et décide seul du moment où il les mettra en œuvre. Il possède ainsi le contrôle indiscutable de la relation, qui est toujours inégale. De plus, c’est le contrôleur qui choisit les comportements qu’il juge acceptables ou inacceptables, ceux qui doivent être renforcés au moyen de récompenses ou découragés au moyen de punitions. Pour que cette forme de contrôle produise des résultats, l’enfant doit demeurer constamment dans un état de dépendance, et de crainte ; dépendance envers les récompenses accordées par le contrôleur et crainte de punitions que celui peut lui infliger. L’enfant doit également être coincé dans la relation et incapable d’obtenir lui-même ce que le contrôleur lui donne tout comme d’échapper à ses punitions. Par exemple, une mère incite son enfant à s’acquitter d’une tâche en lui offrant des bonbons ou de la nourriture. Elle perdrait toute autorité sur lui s’il avait accès à tous les bonbons et à toute la nourriture qu ‘il désire. »

Il ajoute un peu plus tard: « Devenus adolescents, les jeunes peuvent faire tout ce qu’ils veulent en l’absence de tout contrôle et de toute restriction. On accuse alors les parents à tord de se montrer trop permissifs. Je dis • à tort • parce que les parents ne sont pas permissifs, ils sont simplement des parents autoritaires devenus impuissants. Alors ils s’en mordent les doigts. »

Vous allez, me dire: on est inventifs comme parents, on va trouver d’autres moyens, s’adapter à son âge le priver d’autres choses. Oui. Je ne doute pas que les parents soient particulièrement retors parfois 🙂 et qu’ils débordent d’imagination. Mais lisez plutôt la suite.

Les punitions érodent les relations parent-enfant, cela devient critique quand il s’agit d’adolescents.

Je vous le disais à l’instant, cela devient dur de punir un adolescent. Mais pas impossible, Gordon nous fourni une petite liste des choses que l’on peut faire à des ados: certaines choses comme « limiter leurs activités, crier après et les réprimander, les rejeter, les effrayer, les fusiller du regard, les bouder  » peuvent fonctionner assez longtemps, mais ce n’est pas sans conséquences.

J’ai rencontré l’autre jour une maman de deux adolescents. On a parlé des punitions et me disait qu’elle y avait souvent eu recours « Ho pas fortes. Et puis souvent je partais m’isoler dans ma chambre, ou je leur faisait les yeux noirs, ils obéissaient au doigt et à l’œil ».
Maman solo, pas d’autres solutions, pas de personnes pour l’aider à faire autrement. Et puis ça lui allait.

Et puis, elle a fait comme ses parents avaient fait avant elle, sans se poser la question. Logique.

Sauf que voilà. Il y a quelques jours, un de ses adolescents a perdu tragiquement son meilleur ami. Avouez qu’à 20 ans on fait mieux comme expérience de vie. Bref. Sa mère le voit aller de plus en plus mal, être très mal. L’adolescent se renferme. Elle, elle a très peur qu’il dérape, qu’il « déconne » comme elle me le dit. Elle est vraiment paniquée, angoissée. Fort probablement à raison (une mère « sent » ce genre de choses non?).

Du point de vue de l’enfant devenu adolescent

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Je vais tenter d’expliquer ici ce que les punitions que le jeune homme a reçu enfant ont engendré:
– Quand ça ne va pas: je me cache dans ma chambre, je ne parle pas (c’est inconscient, mais je fais comme ma mère qui s’en va quand c’est dur) => le plus grand facteur d’apprentissage au monde, l’imitation).
– Quand ça ne va pas entre moi et maman, je n’ai pas envie d’aller vers elle. Je ne sais pas faire AVEC elle. J’ai besoin d’elle, mais je ne sais pas faire, je ne sais même pas si elle le voudrait. Habituellement, on s’éloignent. Chez nous c’est comme ça que l’on fait. => imitation toujours, donc là, alors qu’il a besoin d’elle, c’est difficile pour lui d’aller voir sa mère (qui pourtant est adorable et totalement disposée à l’aider).
– De toutes façons, elle va tenter (haaa l’habitude) de me démontrer qu’elle, elle sait : « ca va passer », « il n’avait pas une bonne influence sur toi », « allez, c’est bon, maintenant on arrête de pleurer » etc. => le système de punition a engendré une relation de pouvoir entre eux: la mère a le pouvoir, pas l’ado. Et elle n’a pas pris l’habitude de vraiment communiquer avec lui en cas de difficulté. Pas facile de se confier quand il n’y a pas d’égalité. Alors ce n’est pas vers elle qu’il va aller.

Il ne va pas vers elle, alors que probablement, il aurait besoin de cette aide, d’une écoute attentive de cette femme si importante à ses yeux. Et alors qu’elle est complètement disposée au moins dans l’intention à l’aider.

Les punitions, n’aident pas la relation. Les punitions c’est l’inverse de ce dont on a besoin en tant qu’adolescent et parents d’adolescents.

Quand on est ado, quand on est parents d’ado, on a besoin d’une relation de qualité.

Parce que être adolescent, c’est déjà bien dur au quotidien: changer de peau, être vulnérable, apprendre tout ce que l’on doit savoir… sans avoir une relation chouette avec ses parents, c’est vraiment dur.

Parce que être parent d’ado, c’est dur : on ne les comprends pas toujours, ils explosent … alors si on ne sait pas se parler, se reposer sur un bel échange ça devient hyper difficile.

Ce besoin de relation de qualité, non altéré par des punitions est valable même plus tard.

Dans une Interview de Rachel Cuse dans le magasine Flow on peut lire: « Pendant les deux années qui ont précédé mon deuxième divorce, je n’ai pas parlé à ma mère. Ou plutôt, elle ne nous a pas parlé, ni à moi ni à mes enfants. Cela a engendré une profonde division dans la famille. Mais quand elle a appris que j’allais me séparer, elle m ‘a appelée. C ‘était le jour où mon mariage s’est irrémédiablement brisé, je touchais le fond. Lorsque j’ai entendu sa voix au bout du fil, je me suis dit: « Voilà bien la dernière chose dont j’ai besoin aujourd’hui. » J’ai tout de suite reconnu ce sentiment si familier qui m ‘avait envahi dans le jardin, à 3 ans, l’impression d’être en danger. Je me sentais de nouveau comme une petite fille qui avait fait une bêtise. »

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J’espère que vous voyez au travers de cet extrait que même une fois mariée, vraiment adulte en somme, on se souvient des punitions d’enfants (sentiment de quand elle avait 3 ans, impression d’être en danger), on est en difficulté avec les punitions actuelles (ne pas parler est une forme de punition) et on n’a qu’une envie: ne pas se confier à ses parents!!

Les punitions trop régulières ou trop fortes ont des impacts terribles sur les adolescents.

Les punitions répétées lors de l’enfance, qu’elles soient physiques (claques, tapes…) ou psychologiques (mise à l’écart, humiliations, …) même pas très fortes, ont des conséquences sur l’envie d’avancer dans la vie, l’attrait pour les substances illicites. Et cela devient criant quand ils sont adolescents car ils ont les moyens d’agir par eux-mêmes.

Hé oui.

Les enfants souvent punis se droguent plus, décrochent plus scolairement, sont plus apathiques que les autres quand ils deviennent adolescents…
C’est une vraie remise en cause de son action parentale face à son ado, non?

Catherine Gueguen, dans Pour une enfance heureuse, est très éclairante sur le sujet: « Les psychologues emploient souvent des rats blancs comme sujets de leurs expériences.Dans l’une d’entre elles, ils observent comment les rats apprennent à sortir d’un labyrinthe. Invariablement, les rats s’en sortent lorsqu’on les récompense avec de la nourriture à la sortie. Il y a quelques années, un psychologue curieux a imaginé d’accélérer le temps d’apprentissage des rats en complétant la récompense avec quelques punitions. Il a donc placé des grilles électrifiées à l’entrée de chacune des impasses du labyrinthe. Ainsi les rats recevaient un léger choc électrique chaque fois qu’ils empruntaient un mauvais chemin. Évidemment, ils ont appris à sortir du labyrinthe beaucoup plus rapidement que leurs homologues qui dépendaient de la seule récompense. Satisfait, le chercheur en a déduit qu’il pouvait réduire encore davantage le temps d’apprentissage des rats en augmentant la force des chocs électriques, rendant ainsi la punition assez douloureuse, Mais il n’a pas obtenu les résultats escomptés puisque les rats ont abandonné leurs efforts. Ils se couchaient à divers endroits du labyrinthe, peu motivés à se soumettre à d’autres punitions douloureuses. Les chiens font de même lorsqu’on les punit trop sévèrement, ils se cachent sous le lit, rampent sous la galerie ou s’enfuient. Il en est de même avec les jeunes. Si on les punit trop sévèrement ou trop souvent, ils chercheront des moyens de s’évader ou s’enfuiront lorsqu’ils seront assez âgés. Les décrocheurs sont presque toujours des élèves qui, suite à des punitions psychologiques ou physiques, ont renoncé à essayer, ou par désir de fuir la punition quotidienne que représentent les échecs, les réprimandes du professeur et les railleries de leurs camarades. Sévèrement punis iIs se tournent souvent vers l’alcool ou la drogue pour fuir ces expériences pénibles. »

Autant tenter de trouver une autre solution pour co-évoluer avec son enfant ou son ado, non? Sans punitions par exemple 🙂

Comment ça va chez vous?

Vous punissez vos adolescents? Comment était-ce quand vous étiez vous ado? Les punitions « fonctionnaient-elles » pour vous? Quels étaient alors les rapports avec vos parents? Comment faites vous actuellement pour avancer sur ce sujet?
N’hésitez pas à commenter, cela permettra d’enrichir le débat et les articles!

Dossier « punitions des enfants et des adolescents »
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Livres cités sur la punition

Thomas Gordon Eduquer sans punir

Catherine Gueguen Pour une enfance heureuse



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J’y réponds toujours avec plaisir :)

7 Replies to “Comment bien punir un adolescent?”

  1. […] le lien avec les adultes, et que ce n’est pas une lubie, mais des faits vérifiés. De plus, avec des adolescents la partie devient encore plus complexe. Et c’est pour cela que l’on peut trouver des alternatives à la punition! Pour avoir […]

  2. bonjour

    moi je suis un ado de 13ans
    et j’ai remarqué que mon père me punnis trop souvent par example aujourd’hui mais il m’as punnis juste parce que je me suis posé avec mon téléphone sur le canapé avant de retravailler je ne vois pas ce qu’il a de mal et je me rens compte qu’il s’y prend mal mais j’ais peur de lui envoyer cet article très bien expiqué

    en tous cas merci pour cet article que je trouve très interessant

    1. Bonjour Nicolas,

      merci pour ton retour sur mon article. Je vais faire dans peu de temps des ateliers en ligne pour les parents (pour qu’ils vous comprennent mieux vous les ados 😉 ). Peut être qu’il serait intéressé?… Sait-on jamais.

      Je peux t’expliquer pourquoi ton père t’a puni (même si ça ne sert à rien à mon sens cette punition :D) : il te voit (on se met dans sa peau de papa là hein) comme n’en « foutant pas une » et comme il a très envie que tu réussisses dans la vie, que tu sois quelqu’un de bien, il est déstabilisé par ta phase « pause » sur le canapé. Il ne sait pas quoi faire et tente (avec sa méthode à lui) de te « booster », de t’obliger à bouger. Et comme il ne connait pas 36 solutions, il te punit.

      Sauf que… il ne sait pas qu’à l’adolescence on a un rythme différent, il ne sait pas que tu as besoin de ces pauses, il ne sait pas faire autrement que punir… il ne connait pas les dommages de la punitions sur la relation…
      Dommage car je suis assez certaine que si il te disait : « ok Nicolas, moi j’ai peur pour ton avenir, j’aimerais vraiment que tu passes ton bac (par exemple), ca ne me rassure pas de te voir larver sur le canap, comment tu peux me rassurer? » tu serais assez capable de lui dire comment tu fonctionnes… et de le rassurer. Qu’en penses tu?

  3. Ma fille ment souvent dit : Répondre

    Ma fille de 14 ans, bonne élève par ailleurs ne rend pas ses devoirs. Lorsqu’elle a des mots dans les carnets elle les cache. Les heures de colle s’enchaînent, au moins deux par mois. Je viens de découvrir que le carnet soi-disant perdu était juste planqué car il y avait des mots de sa prof, justement pour des mots cachés, et deux heures de colle. Je venais juste de racheter le carnet. Je ne sais pas comment comment la punir face à ses mensonges répétés. Elle n’a pas d’argent de poche et ne sort pas beaucoup car nous habitons dans un village. Autrement nous avons des rapports assez bons. Que faire pour qu’elle comprenne?

  4. Mon fils de 12 ans a sécher les cours dit : Répondre

    Mon fils de 12 ans a voulu sécher les cours , et ments souvent .
    Quel attitude faut il adopter dans ses cas là ?
    Nos rapport sont assez bon , sauf quand il essaie de faire l’homme de la maison ou de vouloir avoir le dernier mots.
    Je ne sais pas trop comment réagir , je lui ai fait faire «  un rapport » sur pourquoi l’école est elle obligatoire et les dangers qu’il encourait.
    Merci pour votre aide

  5. Bonjour, j’ai 16 ans et je n’ai jamais été puni, j’avoue qu’au niveau scolaire je pourrais fournir un meilleur travail, je fais quelques bêtises, je mens de temps en temps, je me suis pris un paquets de mots et d’heure de colle mais pourtant, jamais je n’ai été punis (et je me sais chanceux)
    J’écris ce commentaire car je ne pense pas que la punition soit la bonne façon de faire.
    Punir son adolescent ne lui expliquera pas pourquoi il ne faut pas qu’il fasse certaines choses.
    Par exemple, j’ai vu plus haut que vous évoquiez des actions dangereuses (j’imagine que drogue et alcool en font partient)
    Alcool et drogue sont des choses que tôt ou tard un adolescent essaiera si toute ça vie on l’a puni sans lui expliqué pourquoi fumé ou boire était dangereux il ne le saura jamais alors qu’avec des discussions cela permet d’avoir des rapport particulier entre l’ado et le parents et de plus l’enfant connaît le risque et sait ce qu’il fait.
    Pour avoir déjà testé ces deux substances, ça ne fait pas de moi un alcolo ou un drogué. J’ai toujours su garder le contrôle de mon corps et cela grâce à mes parents et leurs explications.
    Un parents ne pourra pas toujours être avec son enfant alors autant lui apprendre à voler de ses propres ailes.
    Je sais que punir et plus facile que parler et débattre avec son enfant mais le résultat en vaux la peine.
    Vous parliez aussi de claque et de tape, je tiens à vous rappeler que ceci est interdit par la lois.

    Cordialement Milo

  6. Bonjour, j’ai lu avec intérêt votre article en tant que parent, mais comment gérer à la maison un ado de 17 ans qui ne respecte absolument aucune règle, qui sort comme bon lui semble, et il ne communique pas dans il est dehors.
    Il n’est plus question de pouvoir le punir. et il ne supporte aucune frustration sans que cela finisse en crise?
    Comment le raisonner et le ramener dans le droit chemin
    Cdt

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