Études sur les effets de la punition

Je sais que j’en ai déjà convaincu quelques uns d’entre-vous avec les articles précédents du dossier. Mais je sais aussi que les chiffres, les études aident beaucoup à prendre en compte les conséquences des choses. Alors un petit article avec des extraits de livres, des études sur les punitions (que j’ai prises au sens très large de claques, coups, humiliations, mises à l’écart, etc…).

J’avoue que je suis tombée des nues quand je les ai relevées.

Je pensais que personne n’avait étudié cela. Je pensais que l’on continuait à donner des punitions et que seuls quelques hurluberlus de mon genre (ha ha) remettaient cela en cause, sur la base d’un équilibre global, d’un respect de l’enfant général, d’un côté PEACE and LOVE pas totalement assumé.
Mais non.

Dossier « punitions des enfants et des adolescents »
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Certaines études sont un poil anciennes, mais ce genre de résultat ne varie pas avec le temps, elles sont généralement tirées de l’ouvrage de Thomas Gordon déjà cité.

Quelques études générales sur les conséquences des punitions:

On punit traditionnellement pour « éduquer » sauf qu’une étude de Skinner (1987) conclut « Qu’elles soient administrées par la police, par les enseignants, ou par les parents, les punitions produisent toujours les mêmes effets:
– fuite (absence)
– contre attaque (vandalisme et agression)
– apathie « 

On est bien d’accord que ce n’est pas ce que l’on souhaite… augmenter l’agressivité, la fuite ou l’apathie de la chair de notre chair! D’ailleurs on en avait déjà parlé ici.

Une étude de Lippitt et White en 1943 conclut que « La punition (ou la menace de punir) peut, à l’occasion, dissuader les enfants d’adopter certains comportements inacceptables. Mais elle le fait seulement quand l’enfant est en présence du contrôleur. Dès que le parent ou l’enseignant ayant donné la punition s’en va, les enfants reprennent le comportement incriminé, parfois même plus souvent ou plus fortement qu’auparavant. Ce phénomène sévit dans nos familles et dans nos écoles — comme l’atteste chaque enseignant ou remplaçant. Il a été clairement illustré dans plusieurs recherches expérimentales effectuées auprès d’enfants. Les enfants d’un club pour garçons dont les moniteurs éaient très autoritaires adoptaient constamment des comportements plus agressifs et plus perturbateurs lorsqu’ils étaient laissés à eux-même que les enfants dont les moniteurs étaient moins sévères et plus démocratiques. Ces derniers continuaient simplement les activités commencées avant le départ du moniteur. Les autres en revanche cessaient leurs activités des que le moniteur quittait la pièce et faisaient ce qu’on venait de leur interdir »

Donc, même si on est, allez au hasard un papa (j’aurais pu prendre une maman, ça marche aussi) qui est plus « sévère » que la maman: le papa donne des punitions par exemple ou menace de le faire. Il peut penser que cela fonctionne: son enfant arrête l’action en question (par peur à priori). Une fois le papa parti, il y a 50% de chance que l’enfant fasse devant la maman exactement ce que le papa venait d’interdir. Et voilà une belle incompréhension entre les parents qui s’installe : le père (dans notre exemple) va dire que « avec moi ça fonctionne » et la mère ensuite trouve « que ça ne fonctionne pas, regarde dès que tu n’es pas là ». S’ensuit un logique « C’est parce que tu ne le punis pas assez, regarde moi ».
L’incompréhension du mécanisme de punition chez l’enfant entraine l’incompréhension parent / parent. Dommage 🙁

Études sur les punitions en fonction de leur intensité:

-Punitions légères-

Une étude de Power et Chapieski de 1986 s’est concentrée sur les punitions légère et en a démontré l’inutilité, voir pire…: « On a observé 16 bébés de 14 mois qui jouaient en présence de leur mère, remarquant chaque objet saisi par les enfants et les tentatives de leur mère pour les en empêcher. Tant à court qu’à long terme, ni l’emploi d’un châtiment physique immédiat (légère tape sur la main) ni l’emploi de ce châtiment après avoir essayé de distraire l’enfant n’ont été efficaces. Les bébés punis étaient plus susceptibles d’empoigner les objets fragiles et moins portés à obéir aux restrictions.Enfin, un test visant à évaluer le développement de bébés a eu lieu sept mois plus tard : les bébés punis ont obtenus des résultats moins élevés que ceux qui n’avaient pas ou presque pas été corrigés! Au dire des chercheurs, ils étaient « moins curieux ce qui limitait le développement de leurs aptitudes visuelles et spatiales et de leur capacité de résoudre des problèmes »

La punition légère n’a pas eu d’utilité directe: les enfants ne « respectent » pas la punition, mais en plus cela les limite dans leur évolution personnelle.
 

– Les châtiments corporels « modérés » (claques, tapes, etc) –

« En 2010, Jaimie Hanson, de l’université du Wisconsin, étudie en IRM le cerveau d’enfants ayant subi diverses punitions corporelles. Leur cortex orbito-frontal présente une diminution de son volume. Or cette région joue un rôle primordial dans nos capacités d’affection, d’empathie et dans notre sens moral et participe à la régulation de nos émotions, ce qui explique les difficultés rencontrées par ces enfants dans leur vie relationnelle. »

Plusieurs autres études récentes confirment les effets très négatifs des fessées et des gifles.

« Parmi elles, une étude canadienne, portant sur 34 653 personnes, a montré le lien entre ces punitions corporelles reçues durant l’enfance et le développement chez l’adulte de troubles de l’humeur, de dépression, de manie, de troubles anxieux, d’une dépendance à l’alcool et aux drogues et de troubles de la personnalité, en particulier des troubles dissociatifs. » (cette citation est reprise du livre de Céline Alvarez déjà cité)

Les claques, tapes, etc. abîment le cerveau de nos tout petits. C’est dit.
 

– Châtiments corporels « forts » –

« Que provoquent des corrections plus fortes, comme les punitions avec ceinture, lanière ou autre? En 2009, Akemi Tomoda, chercheur à Harvard, étudie en IRM le cerveau de vingt-trois jeunes adultes de 18 à 25 ans qui ont subi durant leur enfance, avant 12 ans, des «corrections » avec des ceintures, lanières ou autres objets. Ils ont reçu ces sanctions en moyenne douze fois par an, pendant trois ans. Le parent agit de façon délibérée, froidement, il se sent dans son bon droit car, dit-il, «c’est ma méthode pour éduquer». Les cerveaux de ces vingt-trois jeunes adultes sont comparés avec les cerveaux de vingt-deux jeunes adultes ayant vécu une enfance sans violence. Les cerveaux de ceux qui ont subi ces corrections présentent une réduction du volume de la substance grise dans la région préfrontale. La zone atteinte est la région la plus antérieure du cortex préfrontal, zone essentielle pour la vie sociale car impliquée dans la connaissance de soi, la capacité de sentir et de comprendre les autres, de réfléchir sur ses actes. Elle joue également un rôle dans l’attention et la mémoire de travail’. En 2010, l’équipe de Martin Teicher, de Harvard, montre que les punitions corporelles avec ceinture ou autre altèrent les voies dopaminergiques (le système de motivation-récompense), ce qui peut conduire à une grande vulnérabilité vis-à-vis des drogues et de l’alcool. »

 

Bon, là aussi on est fixés. On se doutait bien que les punitions avec objets type ceinture, martinet, n’étaient pas une bonne idée… Mais on voit par ces études que cela altère concrètement leur cerveau. Ce n’est pas la lubie de quelques parents-bobo-intello-protecteur-des-enfants. Non, c’est concret. Les punitions altèrent le cerveau, les capacités d’apprentissage et augmentent la vulnérabilité vis à vis des psychotropes.

Études sur les paroles blessantes et humiliantes:

« Des chercheurs de l’université de Harvard se sont penchés sur les conséquences des paroles humiliantes. En 2009, Jeewook Choi montre que les paroles blessantes, humiliantes ou méprisantes ont des répercussions néfastes sur le cerveau des enfants et altèrent le fonctionnement de circuits neuronaux et de zones participant à la compréhension du langage. Ces atteintes sont à l’origine de somatisations, de dépressions, de troubles anxieux et dissociatifs (troubles de l’identité, dépersonnalisation) . D’autres études encore montrent que ces paroles blessantes ont des effets potentiellement tout aussi graves que la maltraitance physique, et sont associés à des risques de délinquance et d’agressivité importants. Les enfants qui les subissent peuvent développer des troubles de la personnalité : personnalité borderline, narcissique, compulsive et paranoïaque. »

Voilà, c’est dit. Ne pas taper, c’est bien. Mais l’humiliation a également un impact sur la construction du cerveau de l’enfant et pour conséquence des troubles de la personnalité…
C’est le moment de se poser la question sur la manière dont on parle à ses enfants. Est-ce qu’on leur dit parfois qu’ils sont nuls, trop lents, pas à la hauteur, incapables? Ou on le leur fait comprendre par des haussement d’épaules, des soupirs?
Hé bien ce n’est pas neutre. C’est horrible (parce que quand on le fait, souvent ça nous dépasse) mais cela affecte son petit cerveau.

Etudes sur la mise à l’écart:

La mise à l’écart, c’est le Time-out des anglo-saxons, c’est le « va dans ta chambre » ou « tu es puni sur ta chaise » ou « au coin ».
Je n’ai pas trouvé d’étude sur cela. Si vous en rencontrez, je suis preneuse.

Ce qui est certain, c’est que cela stresse l’enfant, et que le stress est délétère pour le développement du cerveau. Donc ça aussi, on évite.

Mais du coup, c’est horrible ces études montrent que j’ai traumatisé mon enfant!!

Que cela soit par des gestes plus ou moins violents, des peurs (menaces, cris), des paroles blessantes, les enfants sont marqués par nos actions d’adultes.
C’est terrible de s’en rendre compte, je sais. Je suis aussi maman. Et pas infaillible à 100%.

Ce qui compte c’est d’avancer. C’est d’essayer, chaque jour de trouver un équilibre meilleur pour toute la famille. Pas celui ou le parent se met une pression de dingue et prend sur lui puis fini en dépression ou en bunr-out.
Non. L’équilibre.
C’est ce qui doit être recherché.
Celui ou on prend du recul, ou on prend le temps de réfléchir / corriger chaque jour un peu plus ce que l’on aimerait voir évoluer.
Cela passe par prendre soin de soi en tant que parent (dossier de février, stay tuned!!), par se faire aider si besoin. Il ne faut pas en avoir peur, être parent c’est foutrement difficile. Notamment parce qu’il se rejoue des choses de notre passé et parce que l’on a pas les outils.

On ne peut pas arriver à faire un bon travail (n’importe lequel de boulanger à ministre) si on a les mauvais réflexes et les mauvais outils.

Rien n’est totalement irréversible: il vaut mieux continuer à avancer, pas à pas, pour améliorer cette relation que de ne rien faire du tout. Votre enfant appréciera, même à 20 ans, que vous ayez fait un pas vers lui. Pensez à vos parents si ils sont encore auprès de vous, à ce que vous aimeriez qu’ils vous disent. A votre joie s’ils le faisaient. Et vous n’avez (à priori) pas 15 ans!

Comment ça va chez vous?

Ca vous arrive d’avoir des « réflexes » (mauvais hein) de crier, taper, punir, vos enfants? Comment faites vous pour avancer sur ce sujet?
N’hésitez pas à commenter, cela permettra d’enrichir le débat et les articles!

Dossier « punitions des enfants et des adolescents »
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Ouvrages cités

Thomas Gordon Eduquer sans punir
Céline Alvarez Les lois naturelles de l’enfant

 



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N’hésitez pas !
J’y réponds toujours avec plaisir :)

3 Replies to “Études sur les effets de la punition”

  1. Salut je trouve ton blog intéressant, bien fait et complet je vais te suivre😊

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    1. Merci! N’hésite pas à t’abonner à la NL si tu souhaites suivre facilement ou sur Hellocotton !

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