Pourquoi j’ai laissé tomber mon fils dans la rivière. Ou les enfants et l’expérience.

Expérience des enfants

Il y a quelques semaines, pour Pâques, nous sommes allés chez mes parents, dans la maison de mon enfance. Une grande maison, au calme, avec jardin. Au fond du jardin : une rivière, pas très grosse mais quand même… Et surtout très froide avec un fort courant. S’est posée la question de l’apprentissage des règles de sécurité… sans punitions. Etait-il judicieux de laisser son enfant aller jusqu’au bout et apprendre de son expérience? Ou valait-il mieux faire autrement?

L’attrait de « l’interdit »

Le titre est parlant, beaucoup d’adultes utilisent cette phrase. Mais en fait, ce n’est pas tellement PARCE QUE c’est interdit que c’est attrayant. C’est juste attrayant et dangereux parfois. Donc les adultes interdisent. Et disent ensuite que c’est l’interdit qui est attrayant. Mais non.
Pour autant, comment faire pour que les choses dangereuses soient moins attrayantes? Ca c’est une vraie bonne question à mon avis!

Comme beaucoup d’enfants, mon fils est attiré par les rivières. On peut y jeter des cailloux ou des bâtons. Y faire flotter des cailloux. Y faire la patouille. On y voit des poissons et des écrevisses…
Comme presque tous les enfants de son âge, il est persuadé qu’il est invincible, et que s’il tombe dans la rivière il réussira « à me rattraper à cette branche là, tu vois maman, et après je me tire très fort sur les bras, et hop je remonte, c’est facile tu sais !« . Qu’importe le fait qu’il ne sache pas nager.

Je suis bien sûr pleinement consciente qu’un enfant qui tombe dans le l’eau glacée sans savoir nager a très peu de chance de s’en tirer si un adulte n’est pas à proximité, et forcément cela me préoccupe un peu, puisque le jardin donne directement sur la rivière sur plus de 30 mètres…

Il faut donc trouver comment lui apprendre les dangers sans pour autant le punir… hum. Défi! Serait-il capable d’apprendre par information? Par sa propre expérience?

Donner l’information… ça a ses limites!

Il y a quelques semaines, donc, mon fils jouait au bord de la rivière à faire des bateaux avec son père. Et je le trouvais très audacieux sur les berges, pourtant très pentues, du jardin.
On l’a informé mille fois sur : le fait que l’eau est froide, que les berges sont pentues, qu’il peut tomber facilement, que sa tête risque de l’entrainer… Mais je voyais bien que ça n’avait aucun effet.

Le danger était donc toujours très présent.

Certes, on était à 20 cm de lui. Mais je vous rappelle que ce jardin c’est : une rivière qui coule au milieu du jardin, à 10 mètres de la porte arrière. Rivière ayant un effet « aimant » sur l’enfant.
Que se passerait-il si un jour il échappait 3 minutes à la surveillance de mes parents?
Clairement, il aurait foncé à la rivière y jeter cailloux et morceaux de bois…

Faire en sorte de laisser l’enfant apprendre par sa propre expérience

J’ai réfléchi. Comme souvent, j’ai tenté de retourner dans mes souvenirs d’enfance…
J’ai appris que cette rivière était VRAIMENT froide à 12 ans quand mes parents m’ont autorisé à m’y baigner un jour de très forte chaleur. Et oui, 12° c’est FROID!! Ca coupe la respiration.
Jusque là, il y avait un grillage m’empêchant moi et ma petite soeur d’accéder aux berges.

C’est donc l’expérience qui m’avait fait prendre conscience de ce que j’entendais depuis des années.

Laisser son enfant apprendre par l’expérience, c’est bienveillant?

C’était ça qu’il fallait faire? Le laisser expérimenter?

S’est posé alors la question de la bienveillance… c’était bienveillant de le laisser expérimenter? Ou valait-il mieux détourner son attention? Ou le punir? Ou le menacer? Ou lui faire peur? J’avoue que j’ai retourné le truc dans tous les sens!

Punir, menacer, faire peur, c’était exclu (mais oui ça m’est venu à l’idée quand même! Quand on a peur, on ne réagit pas au mieux).

Détourner son attention, c’était vain à terme: l’objectif je vous le rappelle, était qu’il sache que ce qu’on lui dit est vrai : l’eau est froide, si on se penche trop on tombe etc.

On lui avait indiqué mille fois qu’il fallait être prudent, on lui avait fait toucher l’eau de sa main, on lui avait raconté que son grand-père, pourtant adulte, était un jour tombé dedans… Rien n’y faisait.

Vraiment, je ne voyais plus que l’apprentissage par expérimentation au risque que ce soit désagréable.

C’était ce côté: apprentissage désagréable que je voulais lui épargner.

J’ai cherché comment lui éviter cela. Eu égard aux différentes solutions que nous avions déjà mises en place sans succès, je n’ai pas trouvé.

J’ai donc réfléchi à ce qui était « ok » pour moi pour faire une « bonne expérience »:

  1. Il devait être en réelle sécurité, même si l’expérience était désagréable.
  2. Il ne devait pas avoir d’action volontaire de l’adulte pour induire l’expérimentation (on ne le pousse pas dans le dos pour « l’aider », non non!).
  3. Il devait pouvoir y avoir une solution rapide pour résoudre le désagrément.
  4. Et bien sûr pas de gronderie, de « je te l’avais bien dit », de « tu devrais m’écouter », « la prochaine fois tu m’écouteras ».
  5. Et un accompagnement de son expérience par l’écoute.

L’apprentissage par l’expérience, un cas concret!

Revenons à notre histoire de rivière.

Est-ce que cela correspondait à mes critères…?

  1.  Il était avec son père, à 30 cm de lui, il ne faisait pas très froid.
  2. J’étais certaine que son papa-chéri n’inciterait pas le petit garçon de notre récit à tomber
  3. Nous étions à moins de 20 secondes de la maison (avec douche chaude, habits propres et secs… etc)
  4. Personne ne gronde chez nous
  5. Et quoi qu’il arrive, on écoute toujours (c’est devenu, après beaucoup de travail, une seconde nature)
N’était-ce pas l’occasion unique qu’il apprenne, par lui même, le danger des rivières ?

Avant de m’éclipser, je glisse donc quelques mots à mon mari, lui indiquant que si, par hasard, notre fils était amené à tomber dans l’eau maintenant, ce ne serait pas catastrophique et peut-être au contraire une forme d’apprentissage.

A peine le temps de rentrer dans la maison pour enlever mes chaussures, devinez qui je vois débarquer et filer sous la douche en pleurs ?

Mais non, pas mon mari…
Enfin je le vois aussi, mais pas en pleurs, lui, plutôt occupé à charrier à bout de bras un petit bonhomme qui s’était fait surprendre par un bâton sur lequel il s’appuyait, mais qui a cassé.

Retours sur l’apprentissage par l’expérience

Après sa chute, les pleurs de surprise et de « c’est désagréable la boue » sont partis en 2 micro-minutes sous la douche.

Laisser ses enfants expérimenter
Enfant qui a fait son expérience

Finalement on a ri (lui le premier) de la mésaventure 😉 et ça a fait un truc à raconter aux copains.

Clairement, j’insiste, mais il ne faut pas que l’enfant soit en DANGER! Jamais.

En l’espèce, mon mari l’a récupéré quasi au vol. Il a juste expérimenté le contact non prévu de l’eau dans un endroit ou il y a tout au plus 30 cm d’eau.
Il faut aussi s’adapter à l’age et aux capacités de l’enfant. A 4 ans, cela me semblait OK. Je ne l’aurais jamais fait à 2 ans: il n’aurait pas compris et aurait eu très peur.

Bilan de notre test d’apprentissage par l’expérience:  l’enthousiasme pour la rivière est resté intact, mais il se méfie maintenant beaucoup plus de certaines zones.

Il a compris que les bâtons n’étaient pas toujours solides et qu’ils pouvaient se dérober sous lui.

Ce n’est donc pas « parfait », mais on a nettement progressé.

Les autres sujets sur lesquels on a tenté l’apprentissage par l’expérience:

Ces sujet étaient plus faciles pour moi, parce que je percevais le désagrément comme plus mineur. Mais pour certaines personnes ça peut rester osé:

  • Couper avec un vrai couteau: on lui a donné un couteau en main, il devait avoir 12/ 18 mois (couteau à beurre qui ne coupe pas, pour trancher de la banane) puis rapidement un couteau qui coupe (une fois qu’il avait le geste – on ne met pas en danger on a dit) et dès 2 ans un couteau type « couteau de table à viande ». Il sait super bien couper, sait que ça coupe… parce qu’il s’est éraflé une fois le doigt. Il fait très très attention.
  • Boire avec un verre en verre: c’est assez simple, il n’a quasi jamais eu de verre en plastique mis à part les premières semaines un peu maladroites. On a pris des verres à sa taille, un peu solides. Il en a cassé moins que nous sur l’année.
  • Les chaussures ça évite d’avoir mal aux pieds: il était tout petit (12 mois?), et ne comprenait pas l’intérêt des chaussures: je les ai donc prises avec moi et je l’ai laissé aller dehors, pieds nus sur le trottoir. Deux pas plus tard, il réclamait chaussettes et chaussures. J’ai du refaire le truc 4/5 fois pour que ce soit intégré. Et quand il y a eu la neige il a voulu recommencer… on l’a refait.
  • Le manteau pour avoir chaud: même chose que pour les chaussures: le manteau on le met dans la maison ou il fait chaud, il ne comprenait pas. On est sortis sans manteau, et quelques mètres plus loin, il a admis que ça pouvait l’aider dans son confort :p

 

Je pense que cet apprentissage par expérience peut être avantageusement utilisé régulièrement. Idéalement pour les sujets ou l’on répète inlassablement la même chose

Les enfants apprennent essentiellement par imitation et par expérience!! On l’oublie trop souvent.

A nous de nous adapter en proposant des expériences en fonction de leurs capacités.

Et vous? Vous avez déjà laisser votre enfant apprendre par expérience? Sur quels sujets? Y avez-vous trouvé des avantages?



Des questions ?

Des interrogations sur les consultations ou votre situation ?
N’hésitez pas !
J’y réponds toujours avec plaisir :)

6 Replies to “Pourquoi j’ai laissé tomber mon fils dans la rivière. Ou les enfants et l’expérience.”

  1. Article surprenant au départ je l’avoue, mais c’est peut être ma phobie irrépressible de l’eau et de ses dangers qui me fait réagir 😉 j’apprécie énormément les idées de « tu verras par toi même qu’on avait raison» et c’est certainement une méthode plus efficace que « tu vas les mettre tes chaussures oui ! »
    Ayant 4 petites têtes blondes (,2 sont grandes maintenant), j’aurais aimé avoir cette approche aussi. Tout n’est pas perdu, le dernier va avoir 3 ans et fait plus de bêtises et de colères strié ses 3 frères et soeurs réunis !

    1. Non mais c’est sûr que c’est un peu flippant… je ne suis pas phobique de l’eau, mais néanmoins on ne sait jamais comment « ça va se passer ».
      Et je vais même aller plus loin que le « tu verras par toi même qu’on avait raison» => je suis vraiment dans le  » tu verras par toi même et peut-être que tu voudras / aimeras autre chose que moi. Ce qui compte pour moi, c’est de ne pas imposer par la force, mais bien de confronter l’enfant à l’expérience (et je le répète, en toute sécurité!). Par exemple, c’est ainsi que j’ai compris que mon fils était bien moins frileux que moi… sur ce coup là il savait 😉 ou il ne savait pas, mais il a testé 😀

      T’as encore tout le temps pour le dernier 😀

  2. J’adore ta façon d’appréhender les choses avec ton fils.
    Je suis du genre impulsive et bien sûr ma sérénité parfois s’envole …
    Mais ton article me fait prendre conscience que oui, ils apprennent par eux même, par leur expérience.
    Même si je le savais, on en se le dit pas réellement en fait !!

    Alors, je vais essayer tes techniques. Car ma fille de 12 mois veut tout faire elle même !! Parfois pas évident de les laisser grandir en fait je pense.

    Merci pour ton expérience et tes précieux conseils.
    Belle journée, Lili

    1. Bonjour Lili! Tu me tiendras au courant? Je suis curieuse de savoir comment tu as géré cette nouvelle manière de voir les choses 😉

  3. Bonsoir

    J’appréhendais au début … c’était comme meme dangereux ? Tu as dit qu’il y a avait du courant? Je suis une maman poule c’est pour ça : j’aime l’eau je suis un vrai poisson mais je tremble pour mes derniers qui ne savent meme pas nager alors brassards obligatoires à la mer

    Un couteau qui coupe J’envisage même pas ça poir ma derniere de 2 ans J’aurai peur qu’elle se blesse …. Suis je bizarre?

    Par contre pas de manteau ni chaussures par temps de froid ? J’aurais peur qu’il se blesse aux pieds ou qu’il attrape froid l’hiver? C’est toi l’adulte c’est toi qui sait ce qu’il faut mettre selon les saisons ??

    1. Bonjour Mumimarwani, non je te rassure, tu n’es pas bizarre. Je pense que tu réagis comme 95% des mamans 🙂 et c’est bien la raison pour laquelle j’ai écrit cet article => on pense souvent protéger nos enfants en les éloignant du danger, parce que « nous on sait » alors que nos petits sont des explorateurs en herbe!
      L’une des vraie grandes manière d’apprendre pour un enfant, ce n’est pas de nous écouter ou de nous croire sur parole, mais bien de tester par eux-même 🙂 et pour ça…. il faut lâcher! Mais je te confirme que ce n’est pas évident du tout au début!

Laisser un commentaire