Les punitions sont efficaces pour rendre les enfants …

… agressifs! Mais aussi pour faire en sorte qu’ils détestent leurs parents et même plus. Je vous explique tout ça, dans l’article ci-dessous!

On l’a vu, on pense éduquer en punissant, mais on montre le mauvais exemple aux enfants…

Il y a un deuxième souci: quand on puni un enfant, on le frustre. C’est évident.
Mais ça fait quoi la frustration? Ça apprend le calme, la patience, l’envie d’écouter? Ou au contraire ça génère de l’agressivité?

Les punitions, mères de l’agressivité?

Hé bien sachez-le, pour plein d’enfants, frustration = agressivité.
C’est une vieille étude de Dollard qui le dit (elle date de 1939 cette étude, c’est dire qu’elle est ancienne, et pourtant elle est toujours jugée comme valable visiblement): ils ont étudié animaux puis enfants en les privant d’un besoin, ont observé leurs frustrations et ont constaté qu’ils réagissent généralement par l’agressivité.

Si on résume, on a la formule suivante : punitions = frustration = agressivité.

Depuis, on a étudié le cerveau via les neurosciences. Cette science nous explique pourquoi les punitions engendrent l’agressivité. Tout se passe dans l’amygdale. Et selon moi, c’est Céline Alvarez dans Les lois naturelles de l’enfant qui en parle le plus clairement… J’ai raccourci l’extrait pour qu’il soit plus simple à lire, d’où les « […] » mais le sens est totalement conservé:

« L’amygdale, centre de la peur, est parfaitement mature dès la naissance. En revanche, les structures cérébrales qui ont pour rôle de freiner l’amygdale et donc d’apaiser la peur […]sont, elles, peu fonctionnelles […].
Il peut donc avoir très peur sans être capable de se raisonner et de se calmer.
[…] Tous les moments de peur vécus durant l’enfance laissent une empreinte dans l’amygdale, qui les enregistre et ne les oublie plus [mais on ne s’en souvient plus NDLR]. Ils continuent alors à agir sur l’enfant sans qu’il en ait conscience, le perturbent et modifient son comportement.
Quand un adulte s’énerve, est en colère, crie, « fait les gros yeux », punit, est angoissé, a peur, il transmet directement son énervement, sa colère, son angoisse, sa peur à l’enfant. Toutes ces situations stressent l’enfant et restent mémorisées dans son amygdale de façon inconsciente.
Ce fonctionnement de l’amygdale nous permet de comprendre pourquoi nous ne nous souvenons pas des traumatismes vécus dans nos premières années.
L’éducation par la peur et par la menace est nocive et laisse des traces souterraines, délétères, qui continuent à agir à l’âge adulte.
La dureté physique ou psychologique durant l’enfance freine le bon développement des enfants. Elle les rend agressifs, dépressifs, anxieux, et a des répercussions sur leur vie d’adultes en termes de santé physique et psychologique. Elle peut même laisser une empreinte sur l’expression des gènes et se transmettre alors à la génération suivante. »

Vous allez me dire que non, que chez vous, ça le calme vraiment et que d’ailleurs votre fils, votre fille est plutôt docile.
Voyez plutôt ce qu’en dit Thomas Gordon « La plupart des parents et des enseignants croient que les enfants apprendront à se maîtriser s’ils leur imposent des contrainte extérieure. Des observations quotidiennes nous révèlent que l’autodiscipline ne s’acquiert pas de cette façon. […] les enfants soumis à l’autorité parentale se transforment souvent en délinquants rebelles à l’adolescence: ils réagissent agressivement face à toute autorité adulte et n’ont aucune maîtrise de soi ni discipline intérieure. »

Autrement dit, la punition rend la plupart des enfants agressifs, soit par l’imitation, soit par la frustration. Si ce n’est pas toujours vrai à court terme, ça se vérifie sur le long terme.

C’est raté sur toute la ligne.

Ils me punissent, je les déteste!

Thomas Gordon en parle tellement bien dans son livre (oui oui, je le cite beaucoup, mais il a travaillé des années sur le sujet de la punition… que voulez-vous… il a bien travaillé 🙂 ), que je me vois mal écrire mieux ou plus clairement que lui. Je vous propose ici une série de 3 citations issues de « Eduquer sans punir. »

« Est-ce que, quand vous avez reçu une ou une punition, vous vous êtes dit « La je ferai mieux »? Non, on s’est dit « Je les déteste tous ». Et on en a surtout conclu qu’il ne fallait pas se faire prendre. Je ne peux pas me souvenir d’une punition qui m’ait appris quelque chose, hormis identifier les situations qui nous valent d’être punis. »

« Nul enfant n’oublie ni ne pardonne vraiment à un parent ou à un professeur qui l’a puni. »

« Les enfants ne respectent pas l’autorité fondée sur le pouvoir. Je ne me rappelle pas avoir jamais respecté un professeur autoritaire qui se servait de son pouvoir pour me contraindre. Les enfants n’estiment pas les adultes qui se servent constamment de leur pouvoir pour les punir ou menacer de le faire. Comme les adultes, les enfants ont peu de respect pour les manipulateurs de pouvoir, bien qu’ils les craignent. Plutôt, ils cherchent à s’en venger, a leur résister, à les éviter, à leur mentir et finissent par les détester. »

En clair (et si on se réfère à nos souvenirs d’enfance, on peut le vérifier nous mêmes)….

Les mécanismes d’adaptation employés par les enfants quand les adultes cherchent à les contrôler

C’est encore Thomas (on peut l’appeler par son prénom maintenant non ? on se connait bien 🙂 ) qui nous répertorie ce qu’il a constaté en tant qu’éducateur.

Selon lui, voici comment les enfants réagissent, quand on les contrôle (on les contrôle souvent par la punition, mais pas que):

• Résister, défier, être négatif.
• Se révolter, désobéir, se montrer insubordonné, répondre avec insolence.
• Se, venger, rendre les coups. contre-attaquer, faire du vandalisme.
• Frapper, être agressif, combattre..
• Violer les règlements et les lois.
• Piquer une colère, se fâcher.
• Mentir, tromper, cacher la vérité.
• Blâmer les autres, commérer, rapporter.
• Régenter ou tyranniser les autres.
• Former des bandes, des alliances, s’organiser contre les adultes.
• Flatter, lécher les bottes, chercher à gagner la faveur des adultes.
• Se replier sur soi, rêvasser.
• Rivaliser, avoir besoin de gagner, détester perdre, se soucier de son image, rabaisser les autres.
• Renoncer, se sentir vaincu, paresser, trainasser, bâcler son travail.
• S’en aller, se sauver, faire l’école buissonnière, quitter l’école, sécher des cours.
• Se taire, ignorer les autres, garder le silence, mépriser les adultes, prendre ses distances.
• Pleurer, gémir, se sentir déprimé ou impuissant.
• Se montrer craintif, timide, gêné, craindre de parier et de faire un effort.
• Avoir besoin de réconfort, rechercher constamment l’approbation des autres, souffrir d’insécurité.
• Tomber malade, souffrir de maladies psychosomatiques.
• Trop manger, suivre un régime trop sévère.
• Se montrer exagérément soumis, obéissant, docile, flagorner, devenir chouchou du professeur.
• Abuser de l’alcool et des drogues.
• Tricher et copier a l’école.

Honnêtement, je n’aime pas trop les listes comme ça, je les trouve potentiellement culpabilisantes. Comme si l’auteur avait mis tout ce que l’on détestait comme comportement et indiqué que si on donne des punitions aux enfants un grand malheur va s’abattre sur nous en somme… Je l’ai pourtant partagée parce que son livre est bourré d’expériences, de faits vérifiés, etc. Et que de ce fait… j’ai tendance à lui faire confiance. Et je trouve à minima intéressant qu’il ait lié punitions et ces états.

Néanmoins, j’aime les faits vérifiés / vérifiables. Je suis incorrigible. Il faut que je sois sûre. Alors le prochain article sera sur toutes les études faites à propos des punitions. Et j’ai été assez surprise. Il y en a un sacré nombre!

Comment cela se passait-il chez vous?

Vous vous en souvenez? Qu’avez-vous appris des punitions que vous avez eues?
N’hésitez pas à commenter, cela permettra d’enrichir le débat et les articles!

Nous savons désormais que les souvenirs d’enfants n’aiment pas les punitions, mais aussi pourquoi les parents l’utilisent pour le bien de leurs enfants… Puis nous avons vu pour qui et comment les punitions fonctionnent! mais que finalement cela génère de l’agressivité et distend le lien avec les adultes. La suite, dans le dossier!

– Les autres articles du dossier –
Pourquoi je me suis intéressée aux punitions: « Maman, c’est quoi une punition »
A quoi ça sert, les punitions? Pourquoi les adultes punissent les enfants?
Pour qui les punitions fonctionnent? Comment « bien punir »?

– Pour retrouver les références des ouvrages cités, c’est ici –

Thomas Gordon Eduquer sans punir
Céline Alvarez Les lois naturelles de l’enfant



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