Que faire vis à vis d’un enfant en cas de violence dans la rue?

Parmi les personnes qui me contactent, il y a les parents. Souvent. Ils veulent avoir l’aide d’une consultante en parentalité. Presque toujours ce sont les parents. Les grands-parents aussi parfois, voir la famille plus élargie ou les amis (c’est entre autre pour eux que j’ai conçu la box pour offrir des consultations en parentalité). Évidement si vous connaissez des adultes dans ce cas, vous pouvez leur suggérer de me contacter, je les aiderai avec plaisir.

Souvent cependant, on me sollicite par mail ou via la petite box en bas à droite pour des évènements ponctuels. Des adultes, attirés ou très au fait de la bienveillance éducative me demandent comment ils auraient pu faire dans tel ou tel cas spécifique dans la rue face à la violence subie ou vécue par les enfants. Ca ressemble généralement à « Il s’est passé cela devant mes yeux, je n’ai pas su réagir ».
Je réponds à chaque fois, mais comme cela devient vraiment récurent, je me suis dit qu’un petit article pouvait aider.

Je vais être claire, c’est toujours très dur de réagir dans ces cas là. Je ne suis pas sûre que la solution miracle existe. Quand ça arrive, on reste interdit… on s’en veut après coup de n’avoir rien fait…

Et puis à force de réfléchir à ce que l’on aurait pu faire, un jour on agit. On s’améliore chaque fois. Je crois que c’est ça qu’il faut retenir.

Je voudrais faire passer le message ici que jamais un enfant ne devrait être laissé seul face à une situation violente alors qu’on en est témoin. On a tous le devoir de protéger les enfants autour de nous. Ils sont plus fragiles, avec moins de moyens, moins de connaissances… Y compris dans la rue. Y compris dans l’espace public. Il y a des solutions au moins pour qu’il ne se retrouve pas seul face à une situation difficile, pour que ses émotions soient entendues, écoutées.

Ca ne changera sans doute pas (tout de suite) la face du monde, mais c’est comme cela que l’on fera évoluer la situation, que les enfants vivront les choses moins douloureusement et qu’on en fera des adolescents puis des adultes bien dans leurs baskets et responsables. Comme le dit Alice Miller: « Les émotions réprimées dans l’enfance se transforment à l’âge adulte en une haine meurtrière à laquelle les groupes ethniques ou religieux donnent un habillage idéologique. »

Comment réagir avec bienveillance face à une violence dans la rue ?

J’ai eu l’idée d’écrire cet article suite à un événement qui a eu lieu cette fin de matinée. Ce n’est pas LA manière de bien faire, ce n’est pas une leçon de quoi que ce soit. C’est le simple partage d’une expérience. A prendre en tant que tel.

Parce que je suis persuadée que plus nous partagerons ce genre d’expérience, plus nous nous inspirerons les uns les autres, plus on se dira comment on peut réagir et plus les enfants seront protégés.

Ce midi donc, je sortais d’un café avec une amie pro-bienveillance (ça a compté d’être deux, je vous assure !). On entend des cris, des hurlements. Deux hommes qui se cherchent (enfin l’un plus que l’autre, mais vous soyez le topo). Prêts à en venir aux mains. Et dans l’une des mains justement de l’un d’entre eux, du plus vindicatif des deux d’ailleurs, un petit bout d’homme, un petit garçon de 4 ou 5 ans.
Un petit garçon avec des yeux tout étonnés. Balloté à droite à gauche selon l’endroit où se dirigeait son père. Ses yeux tout étonnés montraient de plus en plus d’inquiétude.

Interpeler le parent, le sensibiliser à la situation de violence que vit son enfant

Mon amie et moi sommes toutes les deux plutôt petites et pas hyper musclées. Le papa faisait approximativement le poids de nous deux réunies. Je crois que ni l’une ni l’autre n’avons envisagé sérieusement de l’arrêter physiquement !
Alors voilà instinctivement notre première idée : interpeler le parent, le sensibiliser à la situation de son enfant.
Sans toucher le papa (quelques années d’expérience RH m’on appris qu’il ne fallait JAMAIS toucher un adulte en colère que l’on ne connaît pas : il peut vivre cela comme une agression et devenir violent à votre égard).
On a commencé à base de « Monsieur, monsieur, regardez votre petit garçon il a peur » «Monsieur, votre enfant est en train de vivre quelque chose de trop difficile pour lui là ».

Échec total.
Ça aurait pu fonctionner non ? En tout cas, là, clairement pas du tout.

Le petit garçon semblait perdu et ne rien comprendre. Son père était en train d’agresser un autre adulte. Le papa était ingérable, violent, le petit n’était plus en sécurité ni physique ni psychique. Et notre truc ne fonctionnait pas du tout. A se demander si le père nous entendait (clairement il ne nous entendait pas… la colère rend sourd ;( ) !

S’adresser directement à l’enfant par l’écoute active épisode 1

Vu notre échec cuisant, on a tenté assez instinctivement toutes les deux d’entrer en relation avec l’enfant. J’avoue que sur le coup, je ne savais pas ce que ça allait donner. Je voulais seulement qu’il se sente soutenu d’une manière ou d’une autre.

On s’est adressée à lui, plus ou moins la peur au ventre (le papa était vraiment violent, j’avais peur de prendre un coup). « Ca va ? » (oui, là c’était pourri, évidemment que ça n’allait pas, on est loin de l’écoute active) « Tu as peur ? » (c’était mieux).
Touché.
Il s’est effondré en larmes.
Pour ceux qui n’y sont pas habitués, c’était pour moi un bon signe : au lieu de prendre sur lui et de contenir toutes ses émotions, il lâchait. Au moins, il en garderait un traumatisme moins important (les pleurs permettent de gérer le stress).

Son père a vu son fils en larmes. Je crois qu’il a compris qu’il faisait vivre en direct quelque chose de trop dur à son enfant. Ça a été un genre de déclic. Du coup, il l’a déposé manu militari (avec je pense le moins de violence possible dont il était capable à ce moment là, il faut le noter) dans un fast-food.
On est restées pour regarder comment il allait se calmer, vérifier que la violence ne se retournerait pas contre son fils..
Mais non, il a laissé là son petit garçon pour aller retrouver la personne avec qui il voulait se battre…

Toujours protéger les enfants de la violence

Alors là j’avoue que je me suis dit «Bon j’ai mes courses à faire, l’enfant est en sécurité physique… j’y vais».

C’était nul.
Ce coup de l’adulte qui fait genre « C’est pas mes histoires ».
La preuve qu’être consultant en parentalité c’est loin d’être gage d’une réaction parfaite ;D

Et puis j’ai voulu vérifier que tout allait bien ( oui quand même) et j’ai vu cet enfant, du même âge que le mien, que je pensais calme (par quel miracle aurait-il pu être calme ?!) pleurer à chaudes larmes en train de regarder son père qui cherchait toujours la bagarre.

Alors je suis allée voir l’enfant. En me disant que je ne devrais pas car « ce n’est pas mes oignons » (c’est vraiment un truc à la noix qu’on nous inculque … bien sûr que cela nous concerne la violence dans la rue).

Avec recul, je me suis dit que ça devrait être une alerte. Ce n’est pas mes oignons + enfant en difficulté = je peux faire quelque chose.

Description de la situation et écoute active de l’enfant face à la violence épisode 2

Pour tout vous dire, une fois près de l’enfant, ma première réaction n’était pas terrible.
Je lui ai servi le fameux « ça va aller, ça va bien se passer ». Si si. Ces phrases mêmes qui te montrent que tout ne va pas si bien que ça et que l’adulte à côté de toi tente de te rassurer sans rien savoir du tout.

Il faut dire que dehors ça commençait a vouloir frapper à coups de casques, à hurler… mon niveau de stress était au maximum, mes neurones miroirs fonctionnaient au top : enfant terrorisé = moi terrorisée.

Puis en lui caressant doucement la jambe, j’ai commencé à lui décrire ce qui était en train de se passer : « tu vois ton papa est très fâché, il est en colère, je ne sais pas pourquoi. Tu vois qu’il y a des personnes autour de lui pour l’empêcher de taper ? Ils l’empêchent de faire une bêtise, tu vois ? Tout le monde essaie que ça se passe bien. »
Puis je lui ai dit ce que je voyais chez lui « Je vois que tu as peur ». Hochement de tête de sa part.
Déjà il m’écoutait. Le contact était repris. Il n’était plus seul dans sa douleur.

J’avais envie de pleurer. Pleurer avec lui. Tellement la situation me semblait… dure. Parce que je me demandais bien comment ça se passait à la maison. Parce que ce genre de fureur adulte me stresse complètement.

Là mon amie (qui gérait son vélo entre-temps) est arrivée (hoooo merci !).
Je crois qu’elle comprend ce que je fais et continue « Tu as peur que ton papa se fasse taper ? » C’était ça. Il avait peur qu’il arrive quelque chose à son papa. C’était si évident… (après coup !). Alors on a continué en lui décrivant la situation « Tu vois que l’autre monsieur est moins fâché ? » « Est-ce que tu vois tous les messieurs autour qui calment la bagarre ? ».

Le voilà dans une autre posture : il regardait comment cela se passait avec moins de terreur.

Les hommes autour ayant bien fait leur job, ils ont évité aux belligérants de se taper dessus. Le papa est revenu, avec un autre homme plus jeune qui nous a remercié d’avoir pris soin du garçon. Et sont partis en 5 secondes.

Écouter l’enfant qui vit ou qui a vécu une violence avec attention et bienveillance

Voilà, c’est tout ce qu’on a fait.
Écouter ce petit bonhomme avec attention et bienveillance. Et l’aider à prendre du recul.
Finalement, ça nous a pris 10 / 15 minutes.

Et on a clairement vu le petit garçon soulagé.

On était choquées, on avait toutes les deux envie de pleurer en partant. Parce que la situation était dure, mais aussi en ce qui me concerne (je ne connais pas la position de mon amie) parce que je me suis demandé comment ce petit bout d’homme de 4 ans pouvait vivre avec cela. Et s’il vivait ça souvent.

Être un meilleur témoin secourable

Voilà ce que j’aurais dû faire en plus, en mieux. Avec le recul.
J’aurais dû être ce qu’Alice Miller appelle le témoin secourable.

« Un témoin secourable est, pour moi, une personne qui prête assistance (fût-ce très épisodiquement) à un enfant maltraité, lui offre un appui, un contrepoids à la cruauté qui imprègne sa vie quotidienne. Ce rôle peut être assumé par n’importe quelle personne de son entourage : il s’agit très souvent d’un frère ou d’une sœur, mais ce peut être aussi un enseignant, une voisine, une employée de maison ou encore une grand-mère. Ce témoin est une personne qui apporte à l’enfant délaissé un peu de sympathie, voire d’amour, ne cherche pas à le manipuler sous prétexte de l’éduquer, lui fait confiance et lui communique le sentiment qu’il n’est pas « méchant » et mérite qu’on soit gentil avec lui. Grâce à ce témoin, qui ne sera même pas forcément conscient de son rôle crucial et salvateur, l’enfant apprend qu’il existe en ce monde quelque chose comme de l’amour. Si les circonstances se montrent favorables, il arrivera à faire confiance à autrui, à préserver sa capacité d’aimer et de faire preuve de bonté, à sauvegarder en lui d’autres valeurs de la vie humaine. En l’absence totale de témoin secourable, l’enfant glorifie la violence et, plus tard, l’exercera souvent à son tour, de façon plus ou moins brutale et sous le même prétexte hypocrite. Fait caractéristique : on ne trouve, dans l’enfance des grands massacreurs comme Hitler, Staline ou Mao, aucun témoin secourable. »
Notre corps ne ment jamais – Alice Miller

Nous en avons fait une partie il me semble.
Mais nous ne lui avons pas communiqué de confiance sur son propre compte. Nous ne lui avons pas dit que c’était son père qui était en difficulté, que ce n’était pas normal d’agir ainsi. Que ce dernier avait besoin d’aide. Et que surtout lui, tout petit garçon n’y était pour rien.
Il y a toujours une marge de progression n’est-ce pas?

Aider le papa…l’écouter avec bienveillance lui aussi

J’aurais aimé aider ce papa. Pouvoir échanger avec lui.
J’aurais aimé faire tellement plus, pour cet enfant et cette famille. Mais là c’est la technique qui met les limites… ne sachant pas où il habite, ni même si il a besoin d’aide c’est difficile. Il est parti tellement vite.
Difficile de demander à une assistante sociale de passer le voir.
Il faut savoir reconnaître que l’on ne peut pas sauver la terre entière.

Après réflexion, on aurait pu faire de l’écoute active aussi avec le papa, dès le début. Dire que l’on voyait qu’il était en colère, tenter d’être en lien avec lui. Franchement sur le coup, je n’y ai même pas pensé. Je crois que j’avais tellement peur qu’il me frappe moi aussi que ça ne m’a pas semblé possible.

Mais pourquoi est-ce aussi important de réagir lorsqu’un enfant subit des violences dans l’espace public ?

Je laisse pour cela les mots à Alice Miller qui parle du fait de dire à un enfant que la situation dans laquelle il est n’est pas normale:

« Aucune information n’est-elle plus susceptible d’aider ceux qui ont été programmés dans leur enfance pour ne pas percevoir la cruauté qui leur était infligée, ni par conséquent l’abus perpétré sur l’enfant ? Je ne le crois pas. Mon espoir repose sur ma conception du témoin éclairé. Si je réussis à atteindre par mes livres quelques hommes et femmes qui ont eu la chance d’avoir dans leur enfance un témoin secourable, ne fût-ce que pendant une brève période, ils deviendront à leur tour après la lecture de mes livres des témoins éclairés, conscients, et ils se feront les avocats de l’enfant. Où qu’ils vivent, ils percevront la souffrance des enfants plus rapidement et plus profondément que les autres qui doivent la nier. Ils essaieront de dévoiler l’abus commis sur l’enfant qui est perpétré dans l’inconscience et paraît à d’autres tout naturel. Ils modifieront ainsi la conscience publique et même les partisans les plus acharnés du châtiment ne pourront pas refuser de constater que beaucoup de ce qu’ils ont considéré jusqu’alors comme bon et juste était destructeur. »
La connaissance interdite – Alice Miller

Pour la petite histoire, une partie des hommes qui ont aidé à éviter la bagarre sont venus nous remercier d’avoir pris en charge l’enfant. Individuellement. Par la parole ou par le regard. Ca redonne foi en l’humanité.

J’ai d’ailleurs recroisé un de ces messieurs à mon retour des courses qui m’a demandé si ça allait depuis tout à l’heure. C’était tellement adorable. Lui aussi avait été choqué. Lui aussi m’a parlé de l’enfant. Ca m’a fait plaisir de voir que finalement, nous n’étions pas seules à s’intéresser à ce petit garçon.

C’est juste que personne ne savait comment s’y prendre.

Je vous rassure, nous non plus.

Et vous, vous avez déjà réagit? Ou hésité à réagir? Vous me racontez ? Arrivez-vous à réagir dans la rue face à un enfant qui est en difficulté avec des adultes ? Comment faites vous ? C’est intéressant d’avoir plusieurs récits (y compris de ce que vous auriez aimé faire), n’hésitez pas à me transmettre les vôtres en commentaire.



Des questions ?

Des interrogations sur les consultations ou votre situation ?
N’hésitez pas !
J’y réponds toujours avec plaisir :)

7 Replies to “Que faire vis à vis d’un enfant en cas de violence dans la rue?”

  1. Pfiou! <3
    Je n'ai jamais été confrontée à ce genre de situation, mais avoir lu cet article m'y prépare un peu… au cas où! Merci!

  2. Pfiou! <3
    Je n'ai jamais été confrontée à ce genre de situation, mais avoir lu cet article m'y prépare un peu… au cas où! Merci!

    1. De rien! Tu reviendras nous dire quand tu y aura été confrontée! J’ai mis beaucoup de temps à savoir comment réagir…

  3. Le fameux coup de « ce n’est pas mes oignons » c’est malheureusement tellement devenu ancré des les consciences..

    1. Oiu malheureusement. Je crois qu’on a été éduqués comme ça d’ailleurs… « ne regarde pas, ce n’est pas tes oignons » sauf qu’il me semble que le sort des enfants c’est une question de société et que à ce titre, il est intéressant de réagir. Surtout quand on prend conscience à l’instar d’Alice Miller que le simple fait d’apporter réconfort et conseil peut aider le développement psychique d’un enfant…. Pourquoi s’en passer?!

  4. Merci pour ce témoignage sincère.

    J’ai récemment été dans une situation de violence ordinaire, j’ai vraiment hésité, je n’ai pas réussi à intervenir.

    J’étais en train de faire les courses dans un supermarché avec mon fils de 3 ans. Un supermarché assez petit pour entendre un enfant pleurer dans l’ensemble du magasin. Un petit garçon (environ 4 ou 5 ans) pleurait et criait, accroché aux jambes de sa maman « Maman, un câlin ! ». Sa maman refusait (à voix calme, mais insipide) et l’ignorait en continuant ses courses. Elle exigeait qu’il se calme tout seul (ce qui était impossible dans son état) pour avoir droit à son câlin (qu’il n’a pas eu une fois calmé). Ca a certainement duré 15 minutes.

    J’étais complètement obnubilé par la détresse de cet enfant, je n’arrivais plus à penser, ni à faire mes courses, ni à accorder une vraie attention à mon fils qui ne comprenait pas trop pourquoi la maman refusait. Et devant l’absurdité de la situation, je ne parvenais pas non plus à lui expliquer pourquoi. J’étais dévoré par mes propres émotions. Et une sirène qui hurlait dans ma tête « t’es sans doute le parent le plus à la page de la bienveillance dans ce magasin, si quelqu’un doit bouger son cul pour aider cet enfant, c’est toi ! ».

    J’avais le sentiment que c’était le regard des autres qui empêchait cette maman de simplement s’accroupir et prendre son enfant dans ses bras. J’avais le sentiment qu’elle se forçait à rester inflexible pour ne pas perdre la face. Mais je n’ai pas osé. Elle avait l’air tellement fermée, tellement farouche aux autres adultes. Probablement se sentait-elle jugée, mais de quoi au juste ? Je n’ai pas osé. Pourtant si mon diagnostique était correct, ça aurait du être facile de mettre un coup de pied dans sa rigidité, de lui faire oublier le regard des autres pour qu’elle prenne son fils dans ses bras. Je savais ce que je voulais lui dire, ma phrase était prête, je cherchais à la croiser de façon propice, mon stress était énorme, comme avant un discours ou un examen oral. Mais rien n’est sorti.

    C’était pourtant simple. Je voulais lui dire « L’amour n’est pas une récompense, c’est le carburant. » (Isabelle Filliozat), et laisser cette phrase faire son chemin, sans même espérer un dialogue. Simplement poser cette graine, en espérant qu’elle germe quand elle ne serait plus confrontée à mon regard, à ce magasin, aux émotions de son enfants. Mais je n’ai pas su. J’avais peur. Peur de me faire remballer, peur qu’elle retourne toute sa frustration contre moi, peur que ce soit devant mon enfant (qui m’offrait pourtant, en tant qu’homme, la légitimité de parler de parentalité), peur de mon propre stress et de me mettre à pleurer en lui disant.

    La prochaine fois, j’essaierai de canaliser mes propres émotions, de ne pas les laisser m’envahir et consommer les ressources qui pourraient me servir à aller vers la personne. Mais Dieu que c’est difficile…

  5. Ho merci Christophe pour ce témoignage en retour. Merci. C’est dur de se rendre compte qu’on n’a pas su. Mais tu vois ce que je note dans nos situations respectives, c’est notre propre cerveau qui « vrille », qui nous met des bâtons dans les roues. Tu le dis bien là => « J’étais complètement obnubilé par la détresse de cet enfant, je n’arrivais plus à penser, ni à faire mes courses, ni à accorder une vraie attention à mon fils qui ne comprenait pas trop pourquoi la maman refusait. Et devant l’absurdité de la situation, je ne parvenais pas non plus à lui expliquer pourquoi. J’étais dévoré par mes propres émotions. »

    C’est toujours hyper difficile de faire face rien que pour ça.
    J’ai tendance dans ces cas là à m’adresser à l’enfant (quand c’est possible) => « c’est difficile quand on a vraiment besoin d’un câlin et que sa maman ou son papa n’est pas disponible pour le faire n’est-ce pas? »
    Est-ce que cela te semblerait jouable?
    Je raconterai une autre expérience bientôt qui ressemble un peu à celle que tu décris au moins par le contexte ;D

Laisser un commentaire